Cyberattaque des frigos de supermarchés : ce que PME et communes doivent retenir
Dans la nuit du 11 au 12 octobre, des pirates ont pris la main à distance sur la régulation frigorifique de centaines de supermarchés français. Derrière ce sabotage spectaculaire, une faiblesse banale : des automates laissés en accès libre sur Internet. Caméras, alarmes et équipements techniques des PME et des collectivités sont exposés au même risque.
Lundi matin, de nombreux magasins ont découvert des vitrines et des congélateurs anormalement chauds. Pendant la nuit, les attaquants avaient déclenché à distance un dégivrage forcé, en poussant la consigne jusqu’à 50 °C. Le parquet de Paris a ouvert une enquête confiée à l’Office anticybercriminalité (OFAC), et l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) a été saisie du dossier. À ce stade, l’attaque n’a pas été revendiquée.

Une nuit de dégivrage forcé dans des centaines de magasins
Près de 300 points de vente Intermarché et Netto ont été touchés, ainsi que 80 supermarchés Carrefour, des magasins U, une partie du parc Monoprix et plusieurs E.Leclerc.
Aucune donnée n’a été dérobée. Le préjudice est avant tout matériel : chaîne du froid rompue, produits frais et surgelés détruits, rayons vidés. Le patron de Coopérative U évoque quelques dizaines de milliers d’euros de pertes pour un petit magasin, et jusqu’à 200 000 euros pour un hypermarché.
Des contrôleurs frigorifiques exposés sur Internet
Au cœur de l’attaque, on retrouve les systèmes de supervision du froid du constructeur danois Danfoss, notamment les gestionnaires centraux de la gamme AK-SM 800. Ces boîtiers pilotent tous les meubles froids d’un magasin et sont souvent joignables directement depuis Internet, pour faciliter le travail des frigoristes.
Des failles documentées depuis 2023
Pour les spécialistes, l’opération n’a rien d’une prouesse technique. Les chercheurs de Synacktiv avaient repéré une vulnérabilité sur ces équipements lors d’un audit mené en 2023 dans la grande distribution, puis l’avaient signalée au fabricant. En août 2025, l’éditeur Claroty a publié d’autres failles visant l’AK-SM 800A, dont une permettant de contourner l’écran de connexion de l’interface web, même avec un mot de passe robuste. Aucun lien formel n’est établi à ce jour entre ces failles et l’attaque.
Un parc vieillissant, rarement mis à jour
Selon Danfoss, la majorité des unités touchées sont anciennes et ne reçoivent plus de correctifs : l’AK-SM 800 est en fin de vie depuis 2021. D’autres modèles, toujours suivis, fonctionnaient avec un micrologiciel jamais actualisé. Au lendemain de l’attaque, un recensement publié en ligne comptait encore plus de 2 700 systèmes Danfoss visibles sur Internet.
Un risque qui dépasse largement la grande distribution
Cette affaire relève de la sécurité de l’OT, ces technologies opérationnelles qui commandent des équipements physiques. Installées par un prestataire et administrées à distance, elles échappent souvent au service informatique et tournent des années sans mise à jour. Or les PME et les collectivités en sont truffées.
- Les enregistreurs et caméras de vidéoprotection consultables depuis un smartphone ;
- Les badges, interphones et portails de contrôle d’accès ;
- La climatisation, la chaufferie et les capteurs connectés de gestion de l’énergie ;
- Les centrales d’alarme télégérées, déjà bousculées par la fin du réseau 2G ;
- Les standards téléphoniques et copieurs multifonctions dotés d’une page d’administration web.
Au-delà du sabotage, un boîtier mal protégé branché sur le réseau des postes de travail peut devenir une porte d’entrée vers tout le système d’information. Et les experts le rappellent : d’autres marques d’automates présentent des faiblesses comparables.
Cybersécurité des équipements connectés : les réflexes à adopter
Les recommandations de l’ANSSI et des chercheurs valent pour toutes les structures, de la PME à la commune rurale.
1. Recenser tout ce qui est connecté
Modèle, version du micrologiciel, date de fin de support, prestataire chargé de la maintenance : sans inventaire, impossible de savoir ce qui est exposé.
2. Retirer les interfaces d’Internet
C’est la consigne martelée par Vincent Strubel, directeur général de l’ANSSI : déconnecter ces systèmes d’Internet, ou n’autoriser que des connexions strictement filtrées. La télémaintenance doit passer par un VPN ou un accès dédié, jamais par une page web ouverte.
3. Durcir les accès
Fin des mots de passe par défaut, comptes nominatifs par intervenant, double authentification si possible et traçabilité des connexions des prestataires.
4. Mettre à jour… ou remplacer
Un équipement qui ne reçoit plus de correctifs doit être isolé, puis remplacé. Le CERT-FR prévient : une simple remise aux paramètres d’usine ne suffit pas, l’appareil restant vulnérable.
5. Cloisonner le réseau et clarifier les contrats
Caméras, alarmes et automatismes doivent fonctionner sur un réseau d’entreprise segmenté, séparé de la bureautique. Côté contrats, fixez noir sur blanc qui surveille les failles, qui applique les correctifs et dans quel délai. Les communes peuvent s’appuyer sur une offre de cybersécurité pour les collectivités, les entreprises sur un accompagnement en sécurité informatique.
Conclusion
La cyberattaque des frigos de supermarchés n’a volé aucune donnée, mais elle rappelle une règle de base : tout équipement joignable depuis Internet peut être piloté par quelqu’un d’autre. Le Cyber Resilience Act européen, dont les premières obligations s’appliquent depuis septembre 2026, va pousser les fabricants à intégrer la sécurité dès la conception. Pour le parc déjà installé, en revanche, c’est aux exploitants et à leurs prestataires d’agir.
Vous ne savez pas ce qui, chez vous, est visible depuis Internet ? Nos équipes peuvent en dresser l’inventaire avec vous.
Vos équipements connectés sont-ils exposés ?
Caméras, alarmes, contrôle d’accès, téléphonie : nos experts repèrent les accès ouverts et sécurisent la télémaintenance de vos installations. Sans engagement.
Source : Informatique News – Supermarchés : l’attaque des frigos Danfoss expose l’angle mort de l’OT télémaintenue (13 octobre 2026)
Voir aussi : Public Sénat – Cyberattaque contre des frigos connectés de supermarchés : « Des systèmes de réfrigération exposés sur Internet », alertent des experts en cybersécurité (13 octobre 2026) ; Tom’s Guide – Cyberattaque des frigos de supermarchés : « Des appareils Danfoss exposés sont toujours en ligne » (14 octobre 2026)

Commentaires récents